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Criminalité transfrontalières en Afrique de l’Ouest

D 13 janvier 2015     H 23:35     A L’AGENCE     C 0 messages


Dans un contexte régional en pleine mutation et porteur de risques multiformes, l’Afrique de l’Ouest est devenue l’un des pôles mondiaux de la criminalité organisée. Profitant de la faiblesse de l’État de droit et d’une pauvreté sévère dans certains pays, des groupes de trafiquants organisés en réseaux multiplient des activités illicites (trafic d’armes, de drogues, etc.) dans les zones frontalières mal administrées. Les pays de la sous-région ont pourtant développé, au cours de ces dernières années, un ensemble d’instruments juridiques et de stratégies de lutte qui pourraient s’avérer pertinents s’ils étaient adéquatement appliqués.

La criminalité transfrontalière est relativement récente en Afrique de l’Ouest. Elle a débuté à la fin des années 1970 avec l’apparition ou la fin des guerres, soit de conquête (Sahara espagnol ou Saguiet-el-Hamra) soit de libération nationale (Guinée “portugaise”, 1958-1973). Á la fin de ces conflits, le désarmement n’a pas toujours été effectif. Il s’est ainsi trouvé dans la “nature” des hommes munis d’armes deguerre qu’ils utilisaient dans un contexte de misère comme “gagne-pain”. Á la suite de ces conflits classiques, les convulsions ethniques, les remises en cause de la souveraineté des États et les luttes pour le pouvoir de certaines fractions ont créé des zones de crises endémiques où l’appareil d’État déstabilisé ne pouvait plus valablement assurer le contrôle des frontières. Les déplacements de criminels et la circulation transfrontalière des armes sont rendus faciles par la porosité des frontières. De plus, ces déplacements sont difficiles à endiguer du fait des complicités ethniques des populations des régions frontalières. On remarque qu’en général les communautés locales transfrontalières privilégient la loyauté ethnique sur la loyauté civique. Dans ces conditions, il n’est pas facile pour l’État de traquer des malfaiteurs qui peuvent trouver de part et d’autre de la frontière aide, complicité et refuge de la part des “frères de sang”. On peut ainsi établir une correspondance entre les régions transfrontalières de conflit armé (Liberia du Nord, Sierra Leone, Basse-Casamance) et les zones de trafic et de circulation illicite d’armes de guerre et de prolifération de la grande criminalité. Le phénomène est d’autant plus aigu que les régions intéressées sont riches en produits miniers (Libéria-Guinée, Guinée-Sierra Leone) ou agricoles (anacardiers de Basse-Casamance), ou qu’elles sont des zones d’élevage (comme naguère à la frontière Sénégal-Mauritanie) ou encore de culture et de collecte de stupéfiants (Basse-Casamance, Guinée méridionale) ou enfin forestières (Haute-Casamance, Guinée forestière).

En dépit de quelques avancées, les initiatives mises en place en matière de lutte contre la criminalité transfrontalière en Afrique de l’Ouest ne semblent pas encore en mesure de contrecarrer le développement des réseaux de crime organisé. Le caractère relativement récent de ces dispositifs est l’une des explications évidentes de leur faible impact. En second lieu, il convient de rappeler les faibles capacités institutionnelles et redistributives des États de la région au regard de l’ampleur des défis à relever. De toute évidence, les États de l’Afrique de l’Ouest ne peuvent éradiquer la menace des réseaux criminels transnationaux sans aide extérieure conséquente.

Loin de constituer un défi pour les seuls États de la sous-région, la criminalité transnationale organisée reste, par ses impacts, une menace pour la paix et la sécurité humaine, le développement économique, social, culturel et politique à l’échelle planétaire. Cependant, pour être pleinement efficient, le soutien de la communauté internationale aux pays d’Afrique de l’Ouest devrait s’inscrire dans le long terme. Dans un contexte mondial marqué par le ralentissement économique, la versatilité de l’aide mobilisable auprès des partenaires pourrait, en effet, venir fragiliser les perspectives de lutte.

L’absence de coordination adéquate, tant au niveau national qu’au niveau des différentes initiatives d’appui soutenues par les partenaires bilatéraux et multilatéraux, demeure aussi un facteur affaiblissant la portée de ces initiatives de lutte. En effet, outre les missions assumées par les organisations du système des Nations unies présentes dans la région, divers partenaires bilatéraux interviennent dans le cadre d’initiatives ou de programmes d’assistance technique, touchant notamment à la formation et au renforcement des capacités des organes de maintien de l’ordre, du secteur judiciaire ou de la gouvernance. Ce qui appelle une harmonisation de l’ensemble des approches stratégiques proposées par les différentes initiatives d’appui à la lutte contre la criminalité transnationale en Afrique de l’Ouest. Cette stratégie globale d’action passe de toute évidence par le renforcement des capacités des services sécuritaires des pays de la sous-région.

Cependant, le soutien de la communauté internationale ne peut consister à réduire l’ensemble des enjeux à la seule dimension sécuritaire sans se préoccuper également de la prévention des conflits, de la gouvernance et de développement. La dimension plurifactorielle du crime transnational organisé suggère en effet une approche multisectorielle, permettant d’intégrer à la fois les aspects sécuritaires et les dimensions liées au développement.