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Interviews et Avis

D 21 juillet 2016     H 08:47     A L’AGENCE     C 0 messages


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Impacts des actions de l’ABéGIEF sur les zones frontalières

- LES APPRÉCIATIONS DE QUELQUES CHEFS D’ARRONDISSEMENT

Qui mieux que les chefs d’arrondissement peut apprécier à sa juste valeur, les impacts des réalisations de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (ABéGIEF) dans les zones frontalières ? De leur position de "chef de terre″ (en contact permanent avec les populations), les chefs d’arrondissement enregistrent au jour le jour les doléances des populations. Cependant, n’ayant pas d’autonomie financière, ils se retrouvent dans l’incapacité de porter assistance à une population très souvent déshéritée et oubliée par les autorités centrales, parce que vivant à la périphérie, dans les zones frontalières. Mais avec l’avènement de l’ABéGIEF, cette époque sombre de la vie des communes frontalières n’est plus qu’un mauvais souvenir. De la construction de modules de classes et hangars de marchés, à celle de commissariats de police et brigades de gendarmerie, en passant par la réfection de quelques pistes rurales pour redynamiser les échanges, pour en finir avec la formation et l’équipement des groupements de femmes, l’ABéGIEF aura ainsi contribué à faire renaître au sein des populations vivant dans les zones frontalières, le sentiment d’appartenance à la nation Béninoise. Au vu de toutes ces réalisations, les chefs d’arrondissement ne tarissent pas d’éloge à l’endroit de l’Agence qui du coup est devenue leur messie. Cependant, ils ne manquent pas de formuler des doléances tant à l’endroit de l’Agence pour davantage de réalisations que des autorités politiques, afin qu’elles donnent plus de moyens financiers et humains à l’ABéGIEF.

Entretien avec Monsieur Wonkoé Namata Aliou, Chef d’Arrondissement de Madécali (Commune de Malanville)

« ... avec la réalisation de ces infrastructures, nos populations se sentent qu’elles sont Béninoises.... »

Les zones frontalières sont par excellence des zones défavorisées. Est-ce que vous confirmez cette affirmation M. le CA ?

Non, parce que maintenant l’ABéGIEF a commencé par s’occuper des zones frontalières depuis 2010.

Quelles ont été les actions spécifiques de l’ABéGIEF dans votre arrondissement ?

D’abord, nous avons eu le commissariat frontalier d’Illoua, l’école d’Illoua, et le commissariat spécialisé de la gestion des frontières. L’ABéGIEF a aussi aidé la communauté musulmane d’Illoua à construire une mosquée.

Quels impacts ces actions ont eu sur les populations de votre localité ?

Avec la réalisation de ces infrastructures-là, nos populations sentent qu’elles sont Béninoises. Parce que par le passé, chaque année en tout cas, on ne fait pas deux mois sans que les forces de sécurité du Nigéria ne viennent menacer nos populations. Aujourd’hui, avec la présence de la police à la frontière, ça fait quatre ans que nous n’avons plus observé ces genres de phénomène. Les populations vivent en toute quiétude.

Quel appel avez-vous à lancer à l’ABéGIEF et aux autorités administratives et politiques de votre pays ?

D’abord nous remercions l’ABéGIEF. Ensuite, nous demandons que l’Etat béninois aide l’ABéGIEF, afin qu’elle continue par faire des réalisations au niveau des frontières. Parce que c’est ça qui montre que nos frontières sont sécurisées. Il faut que l’Etat mette les moyens à la disposition de l’ABéGIEF.

Quels sont les impacts économiques que ces infrastructures et celles routières réalisées par le gouvernement ont pour la commune de Malanville ?

Avec la voie Illoua et Bodécali, les commerçants, les grands hommes économiques ont commencé par s’installer. Il y a beaucoup de commerçants qui ont quitté Cotonou et qui ont payé des terrains pour construire des parcs gros-porteurs et d’autres choses. Je pense que d’ici là Illoua sera une grande ville.

Quel est votre coup de cœur pour l’ABéGIEF ?

On remercie beaucoup l’ABéGIEF surtout par rapport aux autorités nigérianes. Avant, comme il n’y avait pas de police, ni de gendarme, ils venaient nous rendre la vie dure. Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible.

Entretien avec Monsieur Bouraima Ousmane, Chef d’Arrondissement d’Ottola


...insécurité grandissante dans l’espace frontalier, on aimerait qu’il y ait aussi une unité de police spéciale pour Ottola....

Les zones frontalières sont par excellence des zones défavorisées, est ce que vous nous confirmez cette affirmation ?

Cette affirmation qui peut être vraiment confirmée dans la mesure où, nous manquons d’assez d’infrastructures qu’elles soient routière, sanitaires, éducatives…, Ottola est donc une zone effectivement défavorisée.

Est-ce que vous avez un appel à lancer aux autorités ?

Mon appel est que les autorités nous aident à réaliser les infrastructures pour limiter un peu la souffrance de la population et partant, l’exode rural. Il y a aussi l’exode rural. La situation devient de jour en jour difficile. Cela ne favorise pas le maintien des jeunes dans le milieu. Il y a aussi l’exode urbain. Nos jeunes filles qui abandonnent les classes, si on pouvait avoir une ONG qui peut nous appuyer dans ce sens-là. Il faut que l’ABéGIEF pense à nous doter d’assez d’infrastructures socio communautaires. Nous reconnaissons qu’elle a beaucoup investi mais il reste aussi beaucoup à faire. Comme doléances, nous avons besoin d’une police frontalière, puisque c’est aussi une grosse agglomération et un arrondissement à part entière, pourquoi pas autonome. Vue l’insécurité grandissante dans l’espace frontalier, on aimerait qu’il y ait aussi un poste avancé de police pour Ottola, ou un commissariat de police. Même si c’est un commissariat de l’USSF pour Ottola aussi. On espère cela vivement. Que l’ABéGIEF puisse appuyer nos groupements socio-communautaires, socioprofessionnels qui sont sur place à Ottola. La localité dispose d’écoles qui n’ont jamais bénéficié de modules de salles de classes, et les élèves étudient encore sous paillote depuis des années. Si l’ABéGIEF peut nous accompagner dans ce domaine également, ce serait bon. Aussi notre centre de santé est-il laissé ouvert et les gens cotisent. Nous sollicitons également un appui dans ce sens.

Entretien avec Monsieur BABATUNDE Jean-Pierre, Maire de la Commune de Kétou

...la présence des USSF a impacté positivement la vie sécuritaire de notre commune....

Plan local de sécurité et actions des éléments USSF

La commune frontalière de Kétou est l’une des communes où les divorcés sociaux dictaient leur loi à la population. De ce fait, l’insécurité y régnait en maître. Faire en sorte de ramener la quiétude au sein de la population, afin qu’elle sache qu’elle ne vit pas sur un ‘’no man’s land’’ était le défi à relever par l’Agence Béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (ABéGIEF). Elle y est arrivée grâce à un stage d’immersion que les Unités spéciales de surveillance des frontières (USSF) ont eu à effectuer in situ. Jean-Pierre Babatunde, maire de la commune de Kétou revient à travers cette interview sur la façon dont cela a été rendu possible. Il a également levé un coin de voile sur le plan de sécurité locale qui est en expérimentation dans sa commune.

Dites-nous comment vous appréciez le choix porté sur votre commune pour expérimenter le plan de sécurité locale ?

C’est une très bonne chose. D’abord la commune de Kétou est une commune très vaste. Elle fait pratiquement les deux tiers (2/3) du département du plateau ? Notre commune étant peuplé de près de 250.000 habitants avec les estimations que nous avons. Elle est riche de son passé. Un ancien royaume que tout le monde connaît en dehors de celui de Ouidah, d’Abomey, de Porto-Novo. Je croire que c’est normal que ce choix-là, soit porté sur la commune de kétou.

Alors, quel sont les impacts directs des actions de l’ABéGIEF sur votre commune et sur le quotidien des populations ?

Ce sont des impacts très positifs dans la mesure où lorsque vous allez aujourd’hui par exemple à Iwoyé, il y a une ville qui se crée progressivement et les infrastructures ont commencé par être implanter là. Je veux dire les écoles, les hôpitaux, les postes de polices etc. Tout ça m’amène à dire que les infrastructures commencent à s’implanter ; que le marché de bétail et de bouviers connaitra un grand essor et je parie que ça va permettre à cette localité de se développer sérieusement, d’impacter sérieusement le développement de la commune de Kétou.

Les Unités spéciales de surveillance des frontières ont eu à faire un stage d’immersion dans votre commune. Comment est-ce que les populations ont apprécié cette présence qui a permis quand même d’arrêter des hors-la-loi et d’arraisonner des trafiquants de chanvre indien ?

Vraiment, c’est une très bonne chose. Leur présente a donné plus de sécurité. On n’est plus à l’aise. Déjà, leur présence est dissuasive et leurs actions aussi donnent des effets très positifs sur le plan de la sécurité. Au niveau de cette frontière d’Iwoyé, je n’ai pas de problème en tant que maire dans la mesure où, il y a la présence permanente de ses unités et ma foi, je suis beaucoup plus préoccupé par d’autres lieux au niveau de la frontière. En définitive, leur présence a impacté positivement la vie sécuritaire de notre commune. C’est une très bonne chose et si on pourrait l’avoir aussi dans d’autres localités de la frontière se serait une bonne chose.

Est-ce-que vous avez des doléances à formuler à l’ABEGIEF ?

La première doléance que j’ai à formuler à l’ABéGIEF, c’est qu’elle ne pas s’arrête pas en de si bon chemin. Ça, c’est très important. Elle fait un travail très important pour ma commune et je voudrais qu’elle continue dans ce sens-là. Tout en restant ensemble, on aura toujours des problèmes que nous allons vous soumettre et vous allez à régler avec nous. Je pense que l’appui que vous nous donnez est très positif pour ma commune et je vous remercie d’ailleurs pour cela. La seconde doléance, c’est le vœu de voir la coopération se poursuivre et que nous puissions tout le temps, rester ensemble pour régler les questions qui se posent à notre population.

Un appel à l’endroit des autorités politiques et administratives du pays.

Ça, c’est une bonne politique. C’est une très bonne chose dans la mesure où ce n’est plus de la théorie, c’est de la pratique et j’avoue que cela porte des fruits. Je plaide que les autorités mettent les moyens au service de l’ABéGIEF. On ne peut que demander au prochain gouvernement de continuer dans ce sens, car cela va permettre aux zones frontalières de se développer.

- RÉALISATIONS DE L’ABCF ET COOPÉRATION TRANSFRONTALIÈRE

Entretien avec Monsieur LAFIA Boubacari Oumarou, Maire de la Commune de Nikki

... cela fait la fierté de ces femmes. Sinangourou est à moins d’un kilomètre du Nigéria ....

« En matière d’organisation des communes, le Bénin est en avance sur le Nigéria »

Avec Lafia Boubacari Oumarou, maire de la commune de Nikki et président de l’Association Béninoise des Communes Frontalières (ABCF), il a été plutôt question de faire le point des réalisations de l’Association. A travers cette interview que nous a accordée l’autorité communale, l’aspect relatif à la Coopération transfrontalière et aux innovations en matière de gestion des frontières ont été abordées. Sa principale doléance, c’est de voir le bureau de l’ABCF installer afin que les membres de l’Association rentrent dans la plénitude de leur pouvoir pour jouer convenablement et plus efficacement leur rôle.

Monsieur le président de l’Agence béninoise des communes frontalières (ABCF), depuis la création de cette organisation, quelles actions précises avez-vous eu à mener ?

En fait, depuis la création de cette association, nous avons mené des actions. Mais le problème qui s’est posé, c’est que jusque-là, on n’a pas été installé. Des actions ont été menées surtout en ma qualité de maire. L’ensemble du bureau ne s’est pas encore retrouvé pour faire le point des activités menées. Mais néanmoins nous avons essayé de travailler. En termes d’actions, nous avons pu faire revenir dans le giron du Bénin, la localité d’Ogamoin située dans la commune de Pèrèrè ; qui était sous contrôle du Nigéria. Nous avons pris part à cette étape. Nous étions au Nigéria et c’est ensemble que nous avions fait le travail avec l’ABéGIEF, le Ministère de l’intérieur et celui de la défense. En ce moment, nous avions été vraiment impliqués et aujourd’hui, Ogamoin fait partie intégrante du territoire béninois.

Ensuite ?

Nous sommes régulièrement consultés et nous faisons des propositions…

Je m’en voudrais de ne pas citer le cas de Sinangourou où les femmes ont été formées à la fabrication de gari qui est un produit très consommé aussi bien au Bénin qu’au Nigéria. Elles ont reçu du matériel pour commencer les travaux et aujourd’hui cela fait la fierté de ces femmes. Sinangourou est à moins d’un kilomètre du Nigéria. Et rappelez-vous que c’est grâce à l’ABéGIEF qu’on a pu récupérer Sinangourou qui était un village du Bénin que le Nigéria occupait. C’est en 2015 qu’ils ont pu voter pour les première fois pour le compte du Bénin. Il y a eu l’appui aux écoles frontalières. On leur envoie des matériels didactiques et des vivres. Les écoles sont construites le long de la frontière à Nikki, à Ségbana, à Pèrèrè, à Kalalé… Ce sont autant d’actions à mettre à l’actif de l’ABéGIEF et à de l’ABCF.

Au niveau de votre commune, il a été organisé un forum, quelles sont les fruits sont issus de ces journées de réflexion ?

En Décembre, nous avions organisé une rencontre qui a regroupé aussi bien les conseillers communaux du Bénin et du Nigéria traditionnel et les forces de l’ordre de sécurité publique aussi bien du Bénin que du Nigéria et nous avons fait des propositions pour qu’on puisse vivre le long de la frontière. Ça été fait à Nikki. Il y a eu une autre activité qui a eu lieu à Ségbana. Il y avait quatre communes qui étaient là : Kalalé, Nikki, Pèrèrè et Tchaorou. Du côté du Nigéria, il y avait Kagnaman et on a fait les travaux par groupe. Les rapports sont là au niveau de l’ABéGIEF en français, en anglais et en bariba. Les débats ont eu lieu en baatonou. Tous les deux mois, on se regroupe pour faire une séance du côté du Bénin et du Nigéria et ça nous permet de régler beaucoup de problèmes. La frontière est devenue un obstacle que ça ne soit pas des entraves au développement.

Monsieur le maire, dites-nous un mot sur la coopération transfrontalière.

Il y a un partenariat entre le Nigéria et notre commune. Ils viennent à nos manifestations. Nous-mêmes, nous allons là-bas. Par rapport aux élèves qui veulent aller faire l’université au Nigéria, nous intervenons favorablement. Chaque fois quand il y a une activité et que nous nous rendons au Nigéria, nous nous sentons chez nous, parce que nous parlons la même langue maternelle qui est le bariba.

On a ouï-entendre que vous avez même été décoré par votre homologue du Nigéria. Qu’en est-il monsieur le président de l’ABCF ?

J’ai été décoré entre 2012-2013. C’était à Abuja par leur ministère en charge de la décentralisation. Là-bas, cinq meilleurs maires au Nigéria en termes de réalisation d’infrastructures sociaux communautaires. Chaque maire devrait venir accompagner de trois autres collèges. C’est là il m’a désigné comme le 3ème maire pour l’accompagner à Abuja. C’est comme ça on est allé et il a présenté le partenariat qu’il y a entre lui et le maire de Nikki (moi étant dans la salle). On m’a demandé de venir sur le podium pour parler de cette coopération qu’il y a entre le Nigéria et notre commune. J’ai exposé brièvement et à la fin, le jury a décidé que sois également décoré.

Quelles sont vos doléances tant à l’endroit de l’ABéGIEF que du côté des autorités administratives et politiques de votre pays ?

Avant, il y avait pas de poste de police ni de gendarmerie encore moins d’écoles au niveau des frontières. Mais maintenant, il y en a. Lorsqu’on rentre dans un pays, la première des choses qu’on voit dans le premier village est l’état du pays. On doit prendre soin des communes c’est ce qui montre que le Bénin est plus avancé que le Nigéria. Il y a plein d’enfants du Nigéria qui viennent à l’école au Bénin. Que les autorités politiques continuent de soutenir l’ABeGIEF.

- LES EFFORTS CONJOINTS DES FDS ET DE L’ABeGIEF

Entretien avec l’Adjudant-chef Boni BABA, Commandant à la brigade de Pèrèrè

...avec la réalisation de ces infra-structures-là, nos populations sentent qu’elles sont Béninoises...

La garantie de l’intégrité du territoire national

Elles ont pour mission d’assurer l’intégrité du territoire national. Elles ont comme devise ″vaincre ou périr″. Elles, se sont les Forces de Défense et de Sécurité (FDS). De concert avec l’Agence Béninoise de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers, elles ont participé à la récupération de nombreux territoires du Bénin autrefois sous le contrôle des pays limitrophes. Elles y marquent désormais l’appartenance du Bénin de par leur présence permanente. Elles en assurent aussi la sécurité, toute chose qui redonne espoir aux populations. Autant de prouesses à mettre aux portefeuilles des FDS. A travers cette série d’interviews, l’opportunité leur a été donnée de déroger pour une fois à leur principe sacro-saint "d’exécution avant réclamation″. A cœur couvert, elles ont fait part des difficultés qu’elles rencontrent dans l’exercice de leur mission. Elles n’ont pas en outre, manqué de rappeler la partition jouée par l’ABéGIEF. Une partition qui peut être jugée à l’aune des nouveaux territoires récupérés et de la viabilisation de nombreux espaces frontaliers, autrefois délaissés par les populations béninoises. Elles ont fini en égrenant un chapelet de doléances que les autorités politico administratives gagneraient à prendre en considération.

Aider l’état a assuré l’intégrité du territoire national est l’une des vocations des forces de sécurité. Comment cela se passe au niveau des espaces frontaliers ?

Particulièrement je vais parler de Pèrèrè que je connais très bien. Au niveau de Pèrèrè depuis un certain moment, les espaces frontaliers sont vraiment sécurisés. En dehors de la gendarmerie qui est implantée depuis les années 80, on a reçu aussi une équipe de la police qui se trouve au niveau des frontières. Parce que nous avons deux arrondissements qui font corps avec le Nigéria, il y a Dinangourou et Nanchi. Je vous avoue que même la population en parle et ces zones-là sont bien sécurisées. En dehors de cela, il y a l’ABéGIEF, qui a mené des actions vraiment louables au niveau de nos frontières. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y à peine un an, on a conquis un territoire dans la zone Ogamoin. Cela fait la joie des populations. Il y a des infrastructures qui sont en train d’être mises en place. Et je connais au moins deux écoles qui sont en construction. La gendarmerie a aussi bénéficié des postes qui nous permettent de loger nos éléments.

Dans l’exercice de votre profession, quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans ces zones particulièrement difficiles ?

Il y a des difficultés effectivement. Mais il y a l’ABéGIEF qui a fait des efforts en nous dotant de motos qui nous permettent de circuler sur les pistes difficiles. La seconde difficulté est qu’il nous faut un moyen de déplacement à quatre roues pour les interventions rapides. Et non seulement ça, mais pour circuler sur nos sols. Parce que quand on est à moto avec des tenues telles que les nôtres, nos éléments sont exposés. Il faut reconnaitre qu’ils ont vraiment beaucoup fait. L’Etat a beaucoup fait. Mais il faut les moyens roulants.

Entretien avec le Commissaire Koudouzou CHAN, Commandant Unité mobile de Ségbana

...consiste à marquer notre présence à des endroits où la police, la gendarmerie et les militaires (forces de défense et de sécurité) n’existaient pas...

Comment arrivez-vous à assurer le maillage sécuritaire de cette zone-là ?

Le maillage sécuritaire est fait de sorte que nous envoyons des patrouilles régulières à la fois diurne et nocturne dans les arrondissements frontaliers. C’est-à-dire qu’il y a des jours où essentiellement la population se déplace par rapport à l’animation des différents marchés. Nous voyons comment tenir la ligne frontière pour pouvoir sécuriser ces populations et pour leur permettre d’aller au marché en toute quiétude. Que ce soit des marchés du Nigéria ou ceux du Bénin. L’autre chose c’est qu’il faut veiller à l’intégrité du territoire national en faisant en sorte de nous rendre compte de la présence des forces nigérianes qui ne cessent de faire des incursions au niveau de Matouga et de Tougamisagué dans l’arrondissement de Libossou où régulièrement, nous recevons les visites des forces nigérianes qui estiment que les positions que nous tenons sont des positions nigérianes.

Comment arrivez-vous à gérer ces contestations avec vos collègues nigérians ?

Il nous revient de juste leur expliquer que les limites frontalières ne sont pas des limites qui sont définies par les forces de l’ordre. Mais c’est des limites qui sont définies par les Etats. Et en tant que tel, ce sont les différents Etats qui décident de se retrouver à travers la commission paritaire Nigéria-Bénin qui siège de temps en temps. Il faut leur dire que la menace est dans la zone et par rapport à la menace, il faut que nous conjuguions un peu nos efforts. Et qu’ils cessent de faire des incursions sur notre territoire, afin de nous permettre d’avoir l’intégrité territoriale tant souhaitée.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans l’exercice de votre mission ?

Les difficultés sont d’ordres matériel et organisationnel. Ordre matériel, nous pouvons dire que jusqu’à l’heure où je parle, l’Unité spéciale de surveillance des frontières (mobile 8 en charge de Ségbana) n’est pas équipée. Autrement dit, les éléments n’ont pas les matériels de protection individuelle et collective. J’appelle matériel de protection individuelle, les gilets et casques anti-balles ; et ceux de protection collective, les boucliers anti-balles dont nous ne disposons pas jusqu’à présent. Aussi, le matériel sensible à savoir les armes longues c’est-à-dire les AKM et AKMS sont en nombre réduit. En principe, pour une unité spécialisée, chaque élément doit être doté d’une AKMS pour que nous puissions répondre efficacement. Au niveau organisationnel, la troupe est plus ou moins déboussolée. Nous ne savons pas exactement de quelle structure, nous relevons entre l’ABéGIEF et la DGPN. Autrement dit, quelle est notre structure de tutelle ? Il faut donc aplanir cette divergence organisationnelle pour que nous sachions de manière structurelle et fonctionnelle si nous appartenons à l’ABéGIEF ou à la DGPN.

Comment souhaiteriez-vous que les autorités vous aident à mieux accomplir votre mission ?

Nous avons à la fois une mission de sécurité et une mission humanitaire. La mission de sécurité, elle est connue. C’est celle qui est dévolue aux forces de l’ordre. La mission humanitaire consiste à marquer notre présence à des endroits où la police, la gendarmerie et les militaires (forces de défense et de sécurité) n’existaient pas ; faire en sorte que des coins (Laga, village de Libossou, et Nassarawa) qui manquent d’eau, d’énergie, d’infrastructures sociocommunautaires etc. puissent bénéficier d’un appui du gouvernement afin de se sentir entièrement béninois. A ce niveau, il y a les bornes 29 et 30. Et ces populations se sentent beaucoup plus nigérianes car, elles ne voient que les forces de sécurité et les autorités nigérianes et c’est le naira qui prédomine dans ces zones.

Pour finir, quel est votre appel à l’endroit des populations vivant dans les zones frontalières ?

Qu’elles nous signalent à tout moment, les comportements suspects, la présence de personnes qu’elles ne connaissaient pas et qui ont sur elles des objets prohibés. L’appel va également dans le sens de demander aux populations de vivre d’espoir. Parce que quand vous vivez d’espoir, vous ne mourrez pas de chagrin. Aussi que le prochain régime puisse accompagner l’ABéGIEF dans sa vision de faire des zones frontalières, de véritables espaces de développement où, il fait bon vivre, puisqu’en définitive, c’est grâce à l’ABéGIEF que beaucoup de progrès ont été faits dans ce domaine.

Entretien avec le Cre François KPANOU, Commissariat de Hounsahoué (Aplahoué)

...la protection de nos frontières permet d’éviter des conflits frontaliers entre deux Etats...

Comment appréciez-vous les actions faites par l’ABéGIEF pour améliorer les conditions de vie des populations ?

L’ABéGIEF est une aubaine nationale. Nous ne pouvons que remercier les autorités au plus haut niveau d’avoir créé cette Agence-là grâce à laquelle, la matérialisation nos frontières devient de plus en plus effective par la construction d’édifices, les commissariats au niveau des bornes frontières, des centres de santé par endroits. Cela participe de la protection de nos frontières et cela permet d’éviter des conflits frontaliers entre deux Etats. Au niveau des infrastructures et au niveau de certains mobiliers et matériels roulants, l’ABéGIEF a équipé les unités frontalières de motos. Je voudrais dire en ce qui concerne mon unité que les motos sont déjà presque usées. Et je souhaiterais que ces motos soient renouvelées pour permettre une meilleure efficacité de nos patrouilles motorisées.

Vous faites si bien d’aborder l’aspect relatif aux doléances. En avez-vous d’autres ?

Je voudrais ajouter également le besoin de kit d’énergie solaire qui vient en appoint au délestage dans la zone. En mettant à notre disposition un kit solaire, cela participe de la lutte contre l’insécurité. Que l’Etat mette à notre disposition des bâtiments servant de logement à l’instar des douaniers qui en disposent sur place. Par contre nous, il faut qu’on aille jusqu’à 15 km d’abord avant de trouver des logements. Or, être logé sur place serait plus facile pour nous.

En résumé, vous sollicitez une amélioration des conditions de vie des agents de forces de défense et de sécurité ?

Exactement. Je vais même plus loin en disant que nous avons besoin d’un forage afin qu’il y ait de l’eau potable à la disposition des fonctionnaires de police de la zone et pourquoi pas de la population riveraine.

Entretien avec le Chefde bataillon Faïzou Gomina, commandant deuxième bataillon interarmé de Parakou

...l’ABéGIEF fait un très bon travail, grâce à cette agence, des parties entières de notre territoire sont récupérées...

Quelle a été votre partition dans la récupération des localités de Ogamoin et autres ?

Au fait pour la récupération de ce territoire, nous avons déjà préparé cette prise en main de la localité par la mise en place de personnel et d’infrastructures amovibles à savoir, les tentes et tout ce que nous utilisons. Les forces de sécurité et de défense étaient installées quelques jours avant l’arrivée des autorités administratives pour la prise en main effective de cette localité. Après cette prise en main, les éléments de force de sécurité et de défense sont restés également pour faire une patrouille de sécurisation et montrer également la présence effective du personnel militaire dans cette localité.

Comment appréciez-vous les actions de l’ABéGIEF sur votre territoire de compétence ?

J’avoue que l’ABéGIEF fait un très bon travail, grâce à cette agence, des parties entières de notre territoire sont récupérées et aussi des portions entières de notre territoire sur lesquelles nous n’avons même pas aujourd’hui une seule infrastructure. Nos forces de sécurité sont présentes dans ces régions qui auparavant étaient litigieuses et qui aujourd’hui font partie du patrimoine national.

Quelles sont vos doléances à l’ endroit de l’ABéGIEF ?

Pour ce qui me concerne, j’avais déjà demandé au DG un petit soutien logistique pour me permettre de faire de façon régulière des patrouilles dans ses zones parce qu’il y a toujours des incursions nigérianes sur ces territoires. Et c’est quand les populations nous avertissent qu’on va là-bas. Donc un appui essentiellement en carburation. D’abord même l’ABéGIEF, nous a déjà octroyé certains moyens de déplacement à deux roues. Donc avec du carburant, on peut être plus opérationnel sur ces portions de territoire récupéré.

Vous parliez tantôt des incursions nigérianes. Comment est-ce que vous arrivez à gérer la collaboration avec les forces de sécurité nigériane ?

Ce n’est pas assez compliqué. Vous savez, nous forces de défense de la sécurité, nous nous comprenons facilement. Donc dès qu’on apprend qu’il y a incursion, on va sur le terrain et on les rappelle à l’ordre. Et ils n’hésitent pas à présenter leurs excuses. Aussi, trouvent-ils des arguments pour justifier leur présence sur le territoire. Mais on s’entend toujours de façon diplomatique et n’y a pas de problème.

- LES BÉNÉFICIAIRES DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ONT AUSSI LEUR MOT À DIRE

Entretien avec Mme SINAKPAREGUI Saoudatou/Présidente du groupement féminin de Bouin (Commune de Pèrèrè)

...nous allons vendre, gagner de l’argent pour mieux soutenir nos maris et donner de meilleures conditions de vies à nos enfants...

Donnez-nous votre appréciation par rapport à cette formation dont vous avez bénéficié

Ohhh cette formation m’a beaucoup apporté, que dis-je ? Elle nous a beaucoup apporté et nous en sommes très fières. Aujourd’hui nous les femmes savons comment fabriquer le gari : de la culture du manioc à la cuisson jusqu’au tamisage. Notre localité fait frontière au Nigéria et nos voisins en consomme beaucoup. Nous allons vendre, gagner de l’argent pour mieux soutenir nos maris et donner de meilleures conditions de vies à nos enfants. De plus depuis notre retour nos maris nous considèrent plus. Il y a même des autres femmes de notre villages qui ont envie de suivre la formation et nous sommes disposées à leur apprendre comment fabriquer le gari. D’ailleurs pendant notre formation c’est ce que les formatrices nous recommandé.

Justement, abordant ce point, comment fonctionne le groupement que vous avez constitué ?

Cela fonctionne bien. Les dames qui nous ont formées nous ont dit que sans groupement nous ne pouvons pas bien évoluer et que les femmes des éditions passées se sont mises en groupement. D’ailleurs nous aussi nous nous sommes mises ensemble et j’ai même été votée présidente du groupement de ma localité. Nous avons une vice-présidente, une secrétaire et une trésorière. L’Agence nous a donné beaucoup de matériels pour la fabrication du gari et demandé à notre roi de donner des terres à cultiver. Un monsieur expert en culture de manioc est venu nous apprendre à le cultiver. Sincèrement nous sommes très contentes et remercions beaucoup le DG et toutes les dames pour ce qu’ils nous appris. Que Dieu les bénissent et leur donne beaucoup de santé pour continuer à nous aider.

Entretien avec Monsieur Julien OUSSOU, Coordonnateur National de WANEP-Bénin

… l’ABéGIEF est cette Agence qui manquait au Bénin…

Comment appréciez-vous les actions de l’ABEGIEF ?

Vous voyez, l’ABEGIEF est cette Agence qui manquait au Bénin et qui si elle avait existé plus tôt, elle nous aurait permis d’avoir nos frontières plus sécurisées aujourd’hui. Et de ce point de vue, son arrivée, nous l’avons salué et nous n’avons pas eu tort de le saluer car, nous avons compris tout de suite tout l’effort fait par l’Agence pour documenter nos frontières ; pour améliorer la sécurité de nos frontières et tout ça est à mettre à l’actif de la sécurité humaine ; de la sécurité intérieure parce que des frontières sécurisés voudrait aussi dire davantage de sécurité pour les populations vivant de part et d’autre de ses frontières-là. Et donc c’est cette Agence qui pour le peu que j’en connais, pour les quelques rares fois où j’ai été impliqué dans ses activités, je dis qu’il reste simplement à lui donner les moyens de faire davantage pour que de façon rassurante, nous ayons des frontières qui rassurent.

Quelles sont les activités que vous avez eu à exécuter de concert avec l’ABéGIEF ?

Alors le WANEP-BENIN a dans ses programmes, un programme essentiel qui est notre programme qui collecte les données pour orienter les actions de tous nos autres programmes. Nous avons le programme d’alerte précoce et de prévention de conflit. Qui parle d’alerte précoce, parle d’indicateurs, de données dont il faut disposer à temps pour comprendre et voir venir une menace et pouvoir alerter, et au besoin agir, pour éviter les conséquences éventuelles de cette menace-là. Et donc ce programme nous a amené à travailler sur la question de l’extrémisme-violent vu comme un risque qui pourrait venir des pays limitrophes comme le Nigéria où sévit la secte Boko haram. Bien que très loin des frontières béninoises actuellement, nous savons que les frontières Béninoise seront quand même, qu’on le veuille ou non, les portes d’entrée de cette menace-là. De la même manière, les frontières du nord où nous avons le Burkina Faso et le Niger qui sont tous deux des pays déjà atteints par les actes de l’extrémisme-violent et c’est dans ce cadre-là sur la lutte contre l’extrémisme-violent, que nous avons eu à travailler avec l’ABéGIEF aux côtés des forces de sécurité. L’implication dans le sens de voir comment sécuriser davantage les frontières, informer davantage les populations de part et d’autre des frontières, pour faire en sort qu’elles soient à même d’informer les autorités compétentes, d’informer les forces de sécurité adéquates pour permettre très vite, d’alerter des mouvements suspects ou disons de l’activité suspecte qui pourrait être attribuée à des actes de préparation des agents ou des éléments pouvant faire ou poser des actes d’extrémisme-violent sur le territoire national. Et donc de ce point de vue, nous avons eu à réfléchir et à élaborer un petit plan de partenariat qui en est en discussion et nous espérons que dans les mois à venir, nous allons pouvoir renforcer cette intention de travailler pour la sécurité humaine au Bénin et de part et d’autre des frontières du Bénin.

En marge de ce programme très intéressant, dites-nous si vous avez des suggestions à faire à l’Agence, en vue d’améliorer ses prestations dans les divers espaces frontaliers de notre pays ?

Vous savez moi de ma position, je peux me tromper. Mais le regard que je porte sur l’Agence c’est que pour réussir de façon durable ses actions sur le terrain, elle doit aussi trouver le moyen de prendre appui sur les organisations de la société civile qui ont pour thématique disons des termes qui se réfèrent ou les termes sur les quels, l’Agence travaille. Voyez-vous, il faudrait que du siège de l’Agence à Cotonou il faudrait que des partenariats avec les communes et les élus locaux soient noués pour que de l’activisme soit intégré dans les actions de l’Agence sur le terrain. De ce point de vue, elle gagnerait à trouver des compétences au niveau de ces structures décentralisées ; lesquelles compétences, elle mettra en relation avec les organisations de la société civile, histoire de faire en sorte pour que cette veille soit permanente au niveau des frontières et que les tracés au niveau des frontières soient connus de tous les citoyens et qu’on accompagne cela de beaucoup plus de communication. Aujourd’hui même à l’intérieur du pays, on parle de la possibilité qu’un jour, des citoyens vivant à Cotonou peuvent se retrouver à une zone frontalière, c’est faire en sorte que tous les autres citoyens Béninois soient informés des comportements requis quand on se retrouve en zone frontalière donc beaucoup de communication, d’information à l’endroit des citoyens lambda, pour que dans nos déplacements, nous ayons les réflexes de protection et de sécurisation de la frontière pour contribuer véritablement à la sécurité humaine de part et d’autre de nos frontières et des tracés de nos frontières.

Votre appel en l’endroit tant des populations que des autorités politico-administratives en vue de renforcer les actions de l’ABéGIEF sur le terrain ?

Alors disons que si l’ABéGIEF fait l’effort d’informer, l’appel aux populations, c’est de leur dire que notre sécurité commune doit être l’affaire de chaque citoyen et citoyenne et l’ABéGIEF a besoin de leurs appuis pour que la sécurisation en cette matière, soit assurée et leur rôle aujourd’hui, c’est de s’informer sur la manière dont ils peuvent contribuer à la sécurité au niveau de ses frontières et de ce point de vue, de pouvoir contribuer aux côtés de cette Agence, pour lui permettre d’atteindre davantage de résultats, pour notre sécurité a tous, et de part et d’autre des frontières.

A l’endroit des autorités politiques et administratives

C’est peut être répété les défis que rencontrent toutes les agences du genre. Faire en sorte que l’Agence ait les moyens légaux. C’est-à-dire des textes et des facilités juridiques pouvant lui permettre d’intervenir dans la sérénité et de façon rapide. Et aussi donner à l’Agence, des moyens financiers et humains pouvant lui permettre d’être à la hauteur des défis sur le terrain. Nous avons mis suffisamment de temps pour l’installer, nous devons lui donner nécessairement, les moyens légaux financiers et humains pouvant lui permettre de rattraper le retard accusé dans sa mise en place et de permettre qu’un jour, nous puissions être rassuré de ce que le travail est fait et que les tracés de nos frontières sont sécurisés et que la quiétude des populations de part et d’autre est assurée.

Propos recueillis par Charles Élisée DEDEGBE et Mahougnon Rolande KOUGBI (CCom ABeGIEF)