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La frontière, un déterminant à la consolidation de la nation

D 3 janvier 2018     H 05:39     A L’AGENCE     C 0 messages


A partir du XVIIème siècle, et avec l’émergence progressive de l’état moderne, la frontière devient la limite de souveraineté. Elle se définit généralement comme la limite de souveraineté et de compétence territoriale d’un état.

La frontière fonde l’État et participe à la mise en place de la nation à travers la délimitation du territoire national. Y a-t-il de nation en dehors des frontières ?

On entend par Nation une communauté d’hommes qui se sentent unis par des habitudes de vie ou une certaine façon de penser et qui ont le sentiment de former un groupe différent des autres. Une nation est une âme. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs. L’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble. Dans le passé, c’est un héritage de gloire et de respects à partager. Dans l’avenir, ce sera un même programme à réaliser. Une Nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des grands sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore.

La différence évoquée supra tire son essence de l’existence même de la frontière. Le Dahomey, à l’issue du processus d’une indépendance octroyée, se déclare en 1960 une communauté d’hommes libres et de citoyens égaux, rassemblés fraternellement pour se forger un avenir commun. Les Dahoméens d’alors, les Béninois d’aujourd’hui, depuis lors, s’accordent sur les principes inscrits dans les différentes Constitutions.

Le sentiment d’appartenir à la Nation béninoise, on le sait simplement dans les comportements quotidiens, dans l’apprentissage par le jeune enfant de sa langue maternelle, dans le bonheur du retour au pays après un séjour à l’étranger. Ce sentiment apparait davantage dans le pincement de cœur que l’on éprouve quand sur les stades est hissé le drapeau national ou que retentit l’aube nouvelle. Lors des sessions des Commissions Mixtes Paritaires de Délimitation des Frontières, le discours change automatiquement lorsque l’enjeu est strictement national, et ce au nom du nationalisme. En général, ce sentiment se renforce de réactions communes devant les événements du monde : on se serre les coudes face aux menaces étrangères pour la défense d’un patrimoine et de valeurs identiques ainsi qu’à l’intégrité du territoire national. On parle alors de la patrie et d’amour de la patrie.

La patrie est une communauté politique à laquelle une personne a le sentiment d’appartenir et d’être fortement attachée. À ce stade, la Nation béninoise se présente comme une personne en laquelle chacun se reconnait une identité.
L’unité nationale : on a longtemps pensé que la Nation était fondée sur la fidélité à un même principe, sur la pratique d’une même langue, sur l’appartenance à une même race ou ethnie. À ces données de parenté entre les hommes, les luttes d’indépendance octroyée ont ajouté des arguments spirituels : les souvenirs communs des souffrances et des réussites nationales, l’histoire de la Nation ; l’idée d’une communauté d’intérêts et d’une fraternité entre les hommes qui cohabitent sur le même espace national, lequel espace est configuré par les frontières. Pays de la diversité, terre d’accueil et d’asile pour l’étranger, le Bénin a, au cours de son histoire récente, intégré des générations d’hommes et de femmes des quatre coins du territoire. À tous, il propose, sans briser les attaches anciennes, de poursuivre l’histoire de la Nation avec la volonté commune de construire ensemble l’avenir.

Il n’y a pas de groupe sociolinguistique béninois, à tel point que l’expression, quand on l’emploi, ne signifie rien. Il y a des Baatombu, Dendi dans le Nord, des Nago-Yoruba dans le centre et le sud, des Adja-Fons dans le centre et le sud. Nous sommes une race de métis. Le peuple béninois paraît plutôt s’être enrichi de ces apports variés. L’unité nationale à laquelle nous sommes parvenus n’est pas fondée sur la race ou le groupe sociolinguistique ou l’ethnie. Tous les Béninois, qu’ils se rattachent au tronc baatonu, dendi, nago-yoruba ou adja-fon, se considèrent comme étant Béninois au même degré, sans aucune inégalité résultant du sang qui coule dans leurs veines. L’unité nationale provient bien davantage de l’appartenance au même espace géographique, le territoire national défini par les frontières, et de l’adaptation séculaire au même sol, au climat, d’une tradition historique.

Toute souveraineté appartient à la Nation : l’autorité suprême, jadis exercée par des rois au nom des mannes de nos ancêtres, notamment les deux entités hégémoniques de l’histoire nationale précoloniale à savoir le royaume du Danxomè dans la partie méridionale et celui du Borgou dans la partie septentrionale du pays, est aujourd’hui confiée à la Nation qui personnifie l’ensemble des citoyens, les vivants mais aussi les morts et les citoyens à venir. Dans la réalité, la souveraineté de la Nation se confond avec la souveraineté du peuple des vivants. Chaque citoyen dispose du droit d’exprimer librement sa volonté, mais la souveraineté nationale est globale et indivisible. Aucun individu, aucune fraction des citoyens ne peut exercer d’autorité sans mandat du peuple. Les représentants du peuple n’exercent pas un droit, mais une fonction au nom de la Nation.

Le point de vue étranger : au cours de la période coloniale et au lendemain des indépendances africaines, la communauté internationale francophone avait considéré à juste titre le Dahomey, actuel Bénin comme le quartier latin d’Afrique en raison de la prolifération des intellectuels divers et diversifiés ressortissants du territoire national. Aujourd’hui encore, les pays voisins tout comme la communauté internationale apprécient le Bénin du renouveau démocratique en raison de sa stabilité politique et de l’alternance ainsi que de la régularité dans le fonctionnement des institutions républicaines.

Au total, la frontière définit le territoire sur lequel s’exerce le pouvoir organisé. Si la France n’avait pas configuré l’espace géographique du Dahomey d’hier, Bénin d’aujourd’hui, le Baatonu et le Fon par exemple n’auraient rien de commun. C’est parce que la frontière a configuré l’État béninois que le Baatonu et le Fon ont en commun la Nation béninoise et s’identifient comme Béninois. Dès lors, face à un enjeu, ils défendent tous la cause béninoise. C’est pourquoi, dans le monde entier, à quelque exception près, l’État s’organise très tôt, bien avant la nation. Le Béninois se voit différent du Togolais ou du Nigérian, parce que ce dernier est non pas Béninois, mais Togolais ou Nigérian. Cette différence vient du fait de l’existence des frontières. Visiblement, on peut affirmer sans se tromper, qu’il est rare de trouver une nation en dehors des frontières nationales.

Eu égard à ce qui précède, il est d’une nécessité impérieuse que les pouvoirs publics s’investissement dans la gestion intégrée des frontières.