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La transhumance, une activité transfrontalière porteuse de richesse mais source de conflits

D 3 janvier 2018     H 05:49     A L’AGENCE     C 0 messages


La transhumance transfrontalière est une stratégie très importante dans l’élevage au Sahel où elle est pratiquée depuis longtemps. De nombreuses études se sont consacrées à sa connaissance. De même, plusieurs rencontres ont été organisées en vue de résoudre les problèmes de sécurité qu’elle génère. La transhumance entre les pays de l’Afrique de l’ouest est considérée comme un facteur d’intégration par le fait qu’elle favorise un brassage des populations du nord et du sud et permet en plus l’approvisionnement en produits animaux des centres urbains.

La transhumance est particulièrement intense dans les espaces transfrontaliers Bénin/Burkina, Bénin/Niger et Bénin/Nigéria. Elle s’inscrit dans la logique d’exploitation, par les populations frontalières, des opportunités et disparités créées par la frontière. Elle se fait pour la production, le commerce et la survie et dans sa pratique elle entraîne des conflits entre éleveurs et agriculteurs.

La principale raison à l’origine de la transhumance est de maximiser la productivité du cheptel. Lorsqu’ils se déplacent, les pasteurs ne cherchent pas seulement à trouver de la nourriture pour leurs bêtes, ils recherchent aussi les meilleurs pâturages et les meilleures sources d’eau. Une idée reçue prête à penser que les pasteurs se déplacent en réponse à une pénurie de pâturages. Si cela peut arriver, ce n’est pas la principale raison à l’origine de leur déplacement. En règle générale, les pasteurs s’intéressent beaucoup plus à la qualité du régime alimentaire de leurs bêtes (herbacées, arbustes, feuilles d’arbres et eau), mesurée par la santé et la productivité du troupeau.

Ce bétail a besoin d’être acheté et vendu. Les meilleurs marchés où les pasteurs tirent le meilleur profit de leurs bêtes sont souvent loin des meilleures zones de production. Les échanges peuvent être locaux, nationaux voire internationaux, en fonction de la saison et de ce qui est à vendre ou à acheter. Ces échanges impliquent de couvrir de longues distances et le déplacement des bêtes en toute sécurité joue donc un rôle pivot.

La rentabilité de ce commerce est tributaire de la mobilité du troupeau notamment entre les frontières. L’élevage et les produits de l’élevage des pasteurs sont basés à des distances considérables des sources de demande et il faut parcourir de vastes secteurs secs pour gagner les marchés frontaliers. Les ventes de bêtes sont aussi indispensables pour les pasteurs eux-mêmes car ils ont besoin de vendre le lait, les produits laitiers et la viande qu’ils produisent. Les pasteurs ne peuvent pas vivre du seul produit de leurs bêtes et ils ont besoin d’argent pour acheter des céréales et pour couvrir tous leurs autres besoins. Ainsi, la décision de vendre ou de consommer le lait de la journée dépendra peut-être de la distance qui les sépare du marché. Dans une société pastorale, les femmes sont souvent responsables de la vente des produits laitiers (lait, beurre) et du commerce de petit bétail (ovins et caprins). Les hommes s’occupent généralement de la vente des bovins, des chameaux et des échanges sur de longues distances.

La mobilité du bétail devient essentielle pour échapper à la sécheresse, la maladie ou les conflits. Dans ces circonstances, une mobilité sur de longues distances s’impose pour la survie du troupeau et des pasteurs eux-mêmes.Au cours des périodes de sécheresse ou en cas de catastrophe, le déplacement devient une nécessité absolue pour les pasteurs pour survivre.Durant la sécheresse, beaucoup de bêtes meurent. Incapables de sauver tous leurs animaux, les pasteurs se concentrent plutôt sur la sauvegarde d’un noyau reproducteur qui leur permettra de reconstituer le troupeau à l’issue de la sécheresse.

De ce fait, pour se relever rapidement, il n’est pas rare de les voir sortir leurs enfants de l’école et se priver de nourriture pour pouvoir acheter du fourrage afin de sauver le noyau reproducteur. Lorsque les pluies passent à côté d’une zone, il faut déplacer le troupeau pour trouver de l’eau et des herbages ailleurs, souvent de l’autre côté de la frontière. Ces déplacements peuvent être courts ou longs en fonction de l’emplacement des pâturages et ils peuvent être temporaires ou permanents en fonction de l’époque à laquelle survient la sécheresse.

La transhumance transfrontalière entraine de plus en plus d’incidents aux conséquences lourdes contrairement à l’esprit de fraternité qu’elle devrait promouvoir, prôné par les Autorités de tous les pays.

Les frontières nationales constituent de nos jours un obstacle énorme aux déplacements des pasteurs et elles sont bien souvent source de conflits. Les préoccupations des pays sont de mettre l’accent sur la sécurité, les vols et la propagation des maladies. Les tentatives visant à réglementer cette mobilité transfrontalière tendent à se concentrer davantage sur le contrôle du trafic d’armes que sur l’amélioration des systèmes de production pastorale.

Les confits naissent et constituent un obstacle majeur ; ils modifient les cycles de pâturage, réduisent la productivité et augmentent la dégradation de l’environnement. Lorsque l’accès aux pâturages est impossible, leur sous-exploitation fait que la brousse gagne sur les herbages. Les pasteurs sont alors tassés sur des pâturages d’une moindre superficie, la concurrence pour des ressources qui s’amenuisent augmente et le conflit devient inévitable. Quand le bétail ne peut pas accéder aux pâturages ou traverser les frontières, la totalité du système pastoral devient inopérant et l’économie en pâtit. Le bétail est contraint de rester au même endroit entrainant une augmentationdes pressions sur les ressources naturelles notamment autour des points d’eau. Confrontés au risque de déchéance, les pasteurs mettent tout en œuvre pour rester mobiles, ce qui engendre des conflits en cas d’obstruction de leur chemin de passage.

C’est pourquoi, la violence armée est désormais endémique. La plupart des rapports expliquent la violence par des raids traditionnels sur le bétail et la vulgarisation de l’accès à des armes semi-automatiques mais cette violence trouve ses origines dans la diminution de l’accès aux pâturages.Or, de nos jours, la transhumance transfrontalière génère des trafics de tous genres : trafics de drogue, d’organes humains, etc et crée parfois l’insécurité alimentaire.

Reconnaissant que les pasteurs ont souvent besoin de traverser les frontières et pour prévenir les problèmes que génère la transhumance transfrontalière, plusieurs institutions internationales formalisent la transhumance transfrontalière pour aller vers l’intégration régionale progressive. Cela procure aux États un étalon pour leur permettre de concevoir leur propre politique et leur propre législation. L’Union africaine et d’autres institutions régionales reconnaissent les bénéfices énormes qui peuvent découler de la transhumance transfrontalière. Cela incite plusieurs gouvernements africains à élaborer des politiques progressistes et informées qui traduisent les besoins d’un pastoralisme moderne. Ces gouvernements pourront sans doute bénéficier de la croissance attendue de la demande en produits de l’élevage, ainsi que réduire la pauvreté et sécuriser les populations et leurs approvisionnements alimentaires.
L’Union africaine met au point un Cadre de politique pastoralepour l’Afrique. Elle est soutenue dans cette initiative par un Groupe d’experts constitué de représentants de la société civile pastorale etpar des décideurs pastoraux issus de différentes régions d’Afrique. Legroupe d’experts organise des consultations régionales et nationales pour contribuer à l’élaboration du cadre politique.

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert la voie, prodiguant un cadre institutionnel pour faciliter la mobilité transfrontalière du bétail. Le Certificat de transhumance internationale (CTI) délivré par la CEDEAO facilite la mobilité transfrontalière du bétail entre ses États membres. Les déplacements transfrontaliers sont autorisés par l’octroi d’un certificat qui contrôlele départ des pasteurs de leur pays d’origine, garantit la bonne santé du troupeau et informe les populations des « zones d’accueil » de l’arrivée des pasteurs en temps utile.

L’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a construit des marchés de bétail. On peut citer ceux de Matéri au nord-ouest du Bénin et d’Iwoyé dans la commune de Kétou au sud-est.

De nombreuses autres actions sont aujourd’hui mises en œuvre par les institutions internationales, les Etats pour parvenir à maitriser les effets néfastes de la transhumancetransfrontalière sur les populations. Ces actions sont mises en exergue dans la prochaine parution de notre Agenda.
Pour sécuriser la transhumance transfrontalière, il est d’une nécessité impérieuse d’associer tous les acteurs. Ceci suppose de :
-  prendre le temps de créer un consensus ;
-  travailler à l’échelle géographique qui convient ;
-  conjuguer une gouvernance formelle et coutumière ;
-  s’attaquer aux questions foncières ;
-  créer des parcs de pâturages payants dans les communes frontalières et ;
-  conserver une certaine souplesse./.