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MALANVILLE : UN MARCHE SANS FRONTIERE DANS UNE VILLE FRONTALIERE

D 17 novembre 2015     H 10:38     A Le Webmestre     C 0 messages


La Commune de Malanville est la principale porte d’entrée au Bénin par le Niger. Elle est limitée au Nord, par la République du Niger, au Sud, par les Communes de Kandi et de Ségbana, à l’Ouest, par la Commune de Karimama, à l’Est, par la République Fédérale du Nigéria. Elle couvre une superficie de 3 016 km² dont 80 000 ha de terres cultivables.

Jusqu’au milieu du XXè siècle, la ville de Malanville n’existait pas. Il y avait seulement la bordure du fleuve parsemée d’abris de pêcheurs et d’éleveurs Peulhs. Les premiers avaient le loisir de confondre le domicile et le bureau, les seconds d’avoir le bivouac à un pas du restau de leur bétail. La ville est apparue, un toit après l’autre, sur la zone d’accumulation de sable provenant du fleuve Niger en période de crue.

De fait, on situe vers 1910 le regroupement en un seul village des cases des pêcheurs dispersés dans la vallée du fleuve, berceau de sable appelé Tassi qui, en langue Djerma et Dendi signifie "sable". La future ville de Malanville était née et allait évoluer progressivement avec l’arrivée de nouveaux habitants venant des localités des deux rives, notamment les Djerma-Dendi du Niger (région de Gaya-Dosso) et les Dendis et Peulhs du Bénin septentrional.

Dans un espace où l’alimentaire est encore une grande préoccupation, le marché de Malanville s’est imposé comme une convergence régionale. Il est l’exemple régional de développement d’une dynamique transfrontalière.

Il faut affronter le choc des langues, odeurs et couleurs pour comprendre combien ce marché est cosmopolite malgré son allure de bidonville de tôles, de planches et de parasols. Le marché de Malanville a gardé l’infrastructure traditionnelle de tous les marchés de villages mais s’accroche au modernisme par sa capacité à faire face à toute demande. Une seule explication est recevable ; ce marché nourrit des populations au-delà des frontières de la ville. Les marchands nigériens, nigérians, togolais et ghanéens qui y côtoient les Béninois, n’y sont pas seulement pour encombrer ses ruelles. Ils participent au dynamisme d’un centre commercial devenu régional au point de faire en sorte que la partie la plus visible de la ville est son marché.

Le marché de Malanville a su capitaliser la position de la ville, sorte de chaise à trois pieds, l’un au Bénin, l’autre au Niger et le dernier au Nigeria ; le pied béninois ayant son socle sur trois Etats, le Bénin, le Togo et le Ghana. Il a surtout pu garder l’attrait de tout marché frontalier : offrir des produits à des prix intéressants. Et pour cause, alors qu’il tend les mains à des fournisseurs d’au moins cinq pays (Bénin, Niger, Nigeria, Togo et Ghana), en dehors des produits importés principalement d’Europe et d’Asie via les ports de Cotonou et Lomé notamment, il n’est honnêtement accessible que par une seule voie, en l’occurrence la route internationale Bénin-Niger, reliant Cotonou à Niamey.

Et Malanville est une ville frontalière pratiquement sans frontière : son marché est accessible par un labyrinthe de pistes à travers champs et par le fleuve.

Les produits y parviennent sans taxe payée et en sortent de même. C’est tout naturellement que des réseaux de commerçants y font de bonnes affaires, les uns comme fournisseurs les autres comme ré-exportateurs dans un environnement de complicité et de bon voisinage. Les services des frontières du Bénin et du Niger restent donc impuissants sur leur pont, réduits en hommes, anéantis en moyens logistiques de surveillance et de contrôle, contraints de savoir que la frontière est une véritable passoire, jouissant eux-mêmes de ce marché achalandé avec tact, talent et malignité par des réseaux de grossistes.

De fait, le marché de Malanville est pour la ville ce qu’est un organe vital pour un organisme. Il a tellement pris de l’importance et de l’espace qu’il faut entrer dans les archives de la ville pour savoir qu’au début du XXè siècle, il n’y avait à la place du marché que des cases de pêcheurs. Il faut croire qu’avec le temps le troc ne s’est plus suffit du seul poisson, et que les produits agricoles tout d’abord, et plus tard ceux que l’urbanisation trimballe, ont eu raison des exploitants du fleuve. Le marché a conquis la bordure du fleuve, attiré de nouveaux peuplements, engendré des activités et une administration structurelles. Le marché est devenu un monument et, dans la région, on ne va pas à Malanville pour la ville mais pour son marché et c’est tout dire : la ville existe par son marché, est un marché avant d’être une ville.

Du Ghana au Niger et au Nigeria en passant par le Togo et les autres localités du Bénin, lorsqu’on dit "je vais à Malanville", il faut comprendre "je vais au marché de Malanville". On est en pleine métaphore et la réputation du marché n’est pas surfaite.

Le propre des marchés frontaliers est de fournir des produits à prix avantageux. Celui de Malanville tire en plus profit de sa position stratégique entre les pays côtiers et ceux du Sahel pour proposer les produits de deux grandes rives agroclimatiques : la sahélienne sèche et la côtière humide. Ce marché peut alors fonctionner comme le comptoir céréalier des producteurs du Bénin, du Niger et du Nord-ouest du Nigeria.

L’axe Malanville-Gaya développe des dynamiques transfrontalières tant locales que régionales et se distingue par le développement d’un réseau de couloirs secondaires relativement dense entre les trois frontières directes : Malanville (Bénin), Gaya (Niger) et Kamba (Nigeria), même si cette dernière est distante des deux autres villes frontalières de près d’une quarantaine de kilomètres.

Ces trois localités constituent le nœud transfrontalier d’un axe qui, à force de dynamisme, a fini par s’inscrire dans une logique économique qui le dépasse et le projette vers une perspective régionale. Un rôle de marché de référence régionale qui fonctionne comme le comptoir céréalier des producteurs agricoles du Bénin, du Niger et du Nord-ouest du Nigeria et, permet à la ville de développer dans la région, une dynamique transfrontalière qui s’appuie sur des liens socio-économiques de longue date entre des Etats à productions complémentaires.

Cette coopération n’est pas nouvelle, elle a toujours existé sur cette partie de la frontière entre le Bénin et le Niger. Mêmes peuples, mêmes activités, des populations contraintes à tout faire ensemble. La frontière n’a aucune influence sur le lien communautaire. Ce lien est au-delà du papier qui fonde les frontières.

C’est une opportunité à saisir pour la coopération transfrontalière et l’Agence Béninoise de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers s’inscrit dans cette dynamique. Les défis de l’Agence pour les années à venir est d’encourager ces pôles de développement économique. D’ores et déjà les infrastructures marchandes construites à Atomey dans la commune d’Aplahoué (frontière du Togo) en sont la preuve.